Par Laurence HUMBERT
RSE et performance des entreprises : la mutation de la RSE en entreprise n’est pas une disparition, c’est une sélection naturelle entre la RSE de façade et celle qui a été vraiment intégrée.
Il y a quelques semaines, en parcourant les actualités, un sentiment étrange s’est installé. D’un côté, le démantèlement progressif des politiques ESG aux États-Unis. De l’autre, la simplification drastique de la CSRD en Europe, présentée comme une « réduction des charges administratives ». Et pour couronner le tout, un chiffre tiré du Baromètre Edflex 2025 : seulement 14 % des Responsables formation considèrent la RSE comme un enjeu prioritaire.
Le message ambiant est limpide : la RSE, c’est passé de mode. Comme le fameux pantacourt, on la remet au placard et on passe à autre chose.
Sauf que ce raccourci nous semble profondément trompeur et potentiellement dangereux pour les organisations qui l’adopteraient.

Le contexte : une tempête parfaite pour la RSE
Pour comprendre cette mutation de la RSE, il faut regarder la réalité en face. La RSE traverse une zone de turbulences sérieuse, et ce n’est pas qu’une question d’image.
Aux États-Unis, plusieurs grands groupes ont officiellement abandonné leurs engagements DEI et ESG sous la pression politique. Le mouvement « anti-woke » a trouvé dans la RSE une cible commode.
En Europe, la révision de la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) a réduit le périmètre des entreprises concernées par les obligations de reporting extra-financier. Présentée comme pragmatique, cette décision envoie un signal ambigu : la conformité réglementaire comme seul moteur de la RSE, c’était fragile. Et ça se voit dès que la réglementation s’assouplie.
Tout savoir sur la CSRD | economie.gouv.fr
Dans les entreprises, les budgets formation se resserrent. Quand il faut choisir entre une formation réglementaire obligatoire et un parcours RSE « optionnel », le choix est vite fait. La RSE passe en dernier.
Ce contexte crée une illusion dangereuse : celle que la RSE était une mode conjoncturelle, portée par une pression externe , réglementaire, médiatique, sociale… et que cette pression se relâchant, on peut souffler.
Ce qui est vraiment en train de mourir
Permettons nous une hypothèse différente : ce n’est pas la RSE qui s’éteint. C’est une certaine façon de la pratiquer.
Celle des grandes déclarations solennelles dans les rapports annuels, sans lendemain opérationnel. Des formations obligatoires cochées en diagonale un vendredi après-midi, parce que le LMS affiche un taux de complétion à 100 % et que tout le monde peut rentrer chez soi. Sans parler des « journées RSE » avec une plantation collective d’arbres et afterwork bio, oubliées dès le lundi suivant.
Cette RSE de façade ne tient pas face aux vents contraires. Normal : elle n’a jamais été ancrée dans les convictions des collaborateurs, ni dans les comportements quotidiens. Elle est cosmétique, un coup de démaquillant et elle s’enlève.
Ce qui tient, en revanche, c’est la RSE qui a été réellement intégrée. Celle où les équipes comprennent pourquoi ces enjeux sont importants pour leur secteur, pour leur métier, pour leur quotidien. Une approche où les managers ont été équipés pour en parler sans avoir l’air de lire un communiqué de presse. Celle où les comportements ont changé parce que les gens ont eu envie qu’ils changent, pas parce qu’un indicateur les y obligeait.
Ce que coûte vraiment le renoncement
Il y a un paradoxe dans la position des entreprises qui choisissent aujourd’hui de mettre la RSE en veilleuse pour des raisons économiques : elles pensent faire des économies, mais elles s’exposent à des coûts bien plus élevés.
Les entreprises qui ont sérieusement intégré les enjeux de durabilité affichent une meilleure résilience face aux chocs : réduction des coûts opérationnels (énergie, déchets, chaîne d’approvisionnement), accès facilité aux financements (les investisseurs institutionnels intègrent les critères ESG dans leurs décisions).
On est bien loin de l’idéologie, ici on parle de gestion des risques.
Arrêter la Responsabilité Sociétale des Entreprises pour réduire les coûts, c’est un peu comme arrêter d’entretenir ses machines pour améliorer la rentabilité trimestrielle. Ça marche, jusqu’à la panne.
Mais le coût le plus immédiat est souvent invisible dans les tableaux de bord. Les collaborateurs de moins de 35 ans intègrent ces critères dans leur choix d’employeur, et plus encore dans leur décision de rester. Quand une organisation démantèle ses engagements, elle ne fait pas qu’envoyer un signal à l’extérieur. Elle envoie un signal à ses propres équipes. Et les premiers à partir sont rarement ceux dont on peut facilement se passer.
Il y a aussi la question des marchés : les grands donneurs d’ordre ont eux-mêmes des engagements à tenir et les répercutent dans leurs cahiers des charges. Une entreprise qui a décroché en matière de RSE se retrouve simplement hors-jeu parce qu’elle n’est plus dans les critères.
Enfin, il faut voir les choses à long terme pour bien comprendre. Les entreprises qui abandonnent la RSE parce que la pression se relâche font un pari à court terme. Elles économisent sur les dispositifs, les engagements, les formations, mais elles perdent l’avance prise sur la transition. Dans quelques années, quand les obligations réglementaires se resserreront à nouveau (oui elles le feront), elles repartiront de zéro, face à des concurrentes qui auront continué à construire, à former, à ancrer les bons réflexes.
Le vrai luxe, dans cinq ans, ce sera d’avoir des équipes qui comprennent ces enjeux. Pas d’avoir économisé sur leur formation.
Alors, la RSE à bout de souffle ou en mutation?
Nous on préfère parler de mutation de la RSE.
Ce qui résiste, c’est la RSE qui a été vraiment intégrée. Celle qui est entrée dans les compétences des collaborateurs, dans les réflexes des managers, dans les critères de décision quotidiens.
Ce qui est à bout de souffle, c’est l’idée qu’on peut « faire de la RSE » avec des déclarations, des opérations ponctuelles et des formations cochées. Ce modèle était fragile dès le départ, il suffisait que le vent tourne pour qu’il s’effondre.
Dans les organisations qui ont fait ce travail sérieusement et qui ont investi dans une pédagogie bien pensée, continue, ancrée dans le métier. Ainsi les équipes restent engagées même quand le contexte est défavorable, parce que leur conviction ne vient pas d’une injonction externe, elle vient de ce qu’ils ont appris, compris, expérimenté.
Une culture RSE qui tient, ça ne se décrète pas. Ça s’apprend.
Et c’est précisément là que la qualité du dispositif pédagogique fait toute la différence.
Prêt à participer activement à cette mutation de la RSE ?
Sensibilisation/E-learning






