Dans une entreprise de 100 personnes, une vingtaine accompagne un proche malade, en situation de handicap ou en perte d’autonomie. Un salarié sur cinq est aujourd’hui concerné, et ils pourraient être un sur quatre d’ici 2030. Cela semble beaucoup ?
Pourtant, seul un tiers d’entre eux en informe son employeur. Parfois par peur, souvent par méconnaissance des leviers activables au travail. Résultat : beaucoup de situations d’aidance passent encore inaperçues dans les entreprises.
Soutenir ces salariés aidants, cela commence par rendre le sujet facile à aborder, désinvisibiliser ces parcours de vie et informer sur les dispositifs d’aide. Pour mieux les accompagner, encore faut-il d’abord comprendre leur quotidien.
C’est tout l’objet de notre webinaire du 7 octobre 2026, organisé au lendemain de la Journée nationale des aidants. Trois aidantes y ont raconté leur quotidien, avec l’éclairage de notre référente scientifique sur la santé mentale. Voici ce qu’il faut en retenir.
Qui est concerné par l’aidance ?
Un salarié aidant accompagne, de façon régulière et non professionnelle, un proche en perte d’autonomie à cause de l’âge, d’une maladie ou d’un handicap. Dans neuf cas sur dix, la personne aidée fait partie de la famille, même s’il peut aussi s’agir d’un ami ou d’un voisin.
L’aide prend des formes variées : soutien moral, tâches domestiques, déplacements, accompagnement médical, aide financière… On l’associe spontanément à un parent qui vieillit, mais les situations sont bien plus diverses : un enfant, un parent, son ou sa partenaire, un voisin, un ami, la belle-famille…
Les situations évoquées pendant le webinaire n’avaient d’ailleurs pas grand-chose en commun : un enfant très lourdement handicapé depuis sa naissance, un conjoint dont le handicap ne se voit pas, une mère âgée accueillie à la maison. Ces témoignages montrent à quel point les situations d’aidance peuvent être différentes.
Au total, entre 9 et 11 millions de personnes sont aidantes en France, et la plupart travaillent. Un baromètre publié en octobre 2026 retient un salarié sur cinq, un chiffre appelé à grimper avec le vieillissement de la population.
Et ce n’est pas une affaire de fin de carrière. On entre dans l’aidance en moyenne vers 35 ans, en plein milieu de sa vie professionnelle. L’âge moyen des aidants est de 43 ans. L’aidance peut donc concerner les salariés à n’importe quel moment de leur carrière.
Une entreprise n’a donc pas à se demander si le sujet la concerne, mais à savoir qui, dans ses équipes, accompagne un proche.
Des parcours de vie souvent invisibles
Un tiers seulement des salariés aidants en informe son employeur. Pour certains, c’est un choix de bien compartimenter vie privée et vie professionnelle ; pour d’autres, il s’agit d’un manque d’information sur les dispositifs d’aide activables dans leur situation. D’autres encore souhaiteraient que leur situation soit connue, sans savoir comment s’y prendre.
Mais bien souvent, c’est le mot lui-même qui fait obstacle. Près d’un aidant sur deux (44 %) ne se reconnaît pas comme tel : s’occuper d’un parent, d’un enfant ou d’un conjoint semble juste naturel. Difficile donc, de demander de l’aide quand on ne se pense pas aidant.
Parfois, le silence se brise par nécessité. Lors de notre webinaire, une témoin racontait avoir longtemps cloisonné vie privée et vie professionnelle. Elle a fini par partager sa situation à ses équipes lorsqu’elle a compris que plusieurs collaborateurs étaient également concernés et ignoraient les services à leur disposition.
Un rôle qui père sur la santé et sur le travail
Les personnes aidantes sont particulièrement exposées au stress, avec des effets sur la santé psychologique et physique, et un impact financier concret. Un aidant sur deux déclare avoir déjà connu des difficultés de santé mentale. Le risque d’épuisement professionnel est plus élevé chez celles et ceux qui cumulent un emploi et un rôle d’aidant.
Il faut penser ce rôle comme une charge mentale constante : jongler avec les agendas, faire tenir ensemble rendez-vous professionnels et médicaux, gérer les traitements… Un second emploi, en somme.
La gestion de l’imprévu est une autre difficulté majeure : un appel de l’établissement, une crise, et tout l’emploi du temps bascule. Entre hospitalisations et suivis médicaux, certains aidants n’ont d’autre choix que de mettre fin à leur carrière professionnelle, pour pouvoir se consacrer pleinement à leur proche.
Pour certains aidants, l’emploi est un moment de répit et de réalisation de soi. Avec un peu de souplesse dans l’organisation, le travail peut rester un véritable équilibre pour eux.
Des compétences développées au quotidien, encore peu reconnues
Gérer l’imprévu, anticiper, structurer, convaincre des interlocuteurs parfois réticents… A force de jongler entre soins, démarches et administrations, les aidants développent des compétences que n’importe quel employeur chercherait sur un CV. Elles restent pourtant peu reconnues, puisqu’elles s’exercent à titre bénévole.
Attention toutefois à ne pas les idéaliser. Savoir diriger une équipe ne dispense pas d’avoir besoin d’aide à la maison : même un professionnel rompu à la gestion de projet a besoin de relais.
Un soutien qui profite à toute l’entreprise
Prendre soin des salariés aidants est avant tout une histoire de bon sens : ils sont déjà dans vos équipes, et ils seront plus nombreux demain.
Un salarié aidant qui s’épuise en silence risque de s’absenter durablement, voire de quitter l’entreprise, et ce sont des compétences et de l’expérience qui s’en vont avec lui.
À l’inverse, celui qui peut parler de sa situation, connaître ses droits et ajuster son rythme reste dans l’équipe, met ses compétences à contribution et le collectif en sort plus solide.
C’est aussi une question d’égalité professionnelle : les femmes sont majoritaires parmi les aidants, et ce sont elles qui risquent le plus de voir leur parcours freiné, entre temps partiel, évolution reportée ou carrière interrompue. Accompagner les aidants, c’est donc aussi protéger des carrières et réduire un écart que l’aidance peut contribuer à creuser
Que peut faire une entreprise pour soutenir ses salariés aidants ?
Rendre le sujet facile à aborder
En favorisant une culture où chacun peut parler de l’aidance, l’entreprise facilite la formulation des demandes d’aménagement ou de congé. Plus ce climat de confiance s’installe, plus les personnes concernées osent en discuter avec leur manager ou leur direction. Il aide aussi les collègues à comprendre ce que traverse un membre de l’équipe.
Faire connaître les ressources existantes
Beaucoup d’aidants ignorent ce qui existe, et n’ont ni le temps ni l’énergie de le chercher. Le premier geste d’un employeur consiste donc à informer : congé, allocation, services d’aide à domicile, structures spécialisées dans le maintien à domicile.
Un exemple entendu pendant le webinaire : faire passer une infirmière matin et soir pour donner les médicaments d’un parent âgé. Une solution simple qui a mis fin aux tensions du quotidien, et libéré du temps pour toute la famille.
Offrir de la souplesse
Horaires adaptés aux rendez-vous médicaux, temps partiel à 90 %… Des ajustements parfois simples qui permettent de mieux concilier travail et responsabilités personnelles. Ils restent pourtant loin d’être la règle, et certaines personnes ont aussi besoin de congés ou d’arrêts de travail.
Reconnaître toutes les situations d’aidance
On pense d’abord aux parents âgés, et on oublie les parents d’enfants malades ou en situation de handicap, les conjoints, les proches qui ne font pas partie de la famille. Chaque situation a ses contraintes. Les aidants développent des compétences, souvent à titre bénévole, qui méritent d’être mieux reconnues.
Sensibilisation/E-learning





